Le monde de la musique est en pleine mutation. Personne ne semble contredire ce fait. De là à prétendre qu’il s’agit
d’une ère nouvelle, il y a une marge. En tout cas, jamais les artistes n’auront eu autant de relais médiatiques, amateurs ou non, que maintenant. Un souffle de liberté certain, relayant le
support CD à la simple anecdote pour mettre en valeur le bouche-à-oreille des réseaux sociaux. Dans cette jungle, l’art reprend ses droits, sous de multiples formes ou expressions. Et le live
apparaît comme un socle salvateur et rassurant. Qu’importe la taille du disque dur, les « J’y étais » remportent définitivement la mise…
Les Bars en Trans sont à l’image de ces changements. Car si certains styles de musique ont depuis longtemps capitulés au profit du marketing, le festival prouve à l’inverse que la créativité,
l’indépendance et l’audace sont pourtant toujours là. Et même pire, ils s’en retrouvent renforcés… Pour preuve, il faut avoir vécu les concerts de Zoë Avril ou encore de la Maison Tellier pour
comprendre que la conquête de l’Ouest prend les formes d’un nouvel Eldorado. Il faut avoir lu dans les yeux pétillants de Fortune, Dj Moule, I am un chien ou Hindi Zahra pour admettre qu’il était
possible de digérer des références et de dépasser le postulat du simple recyclage.
Nouvelle génération ? Non. Les vieux tiennent la barre et donnent aussi la leçon. Syd Matters, Asa, l’ex-chanteur de Jesus Lizard, le guitariste des Louise Attaque, celui de dEUS et de
Ginzhu, ou encore Rubin Steiner… Chacun a su se mettre en danger, repartir de zéro et démontrer que rien n’est figé ou déterminé. Une philosophie noble, tolérante et humble dont, au-delà même du
résultat musical, nous pouvons nous inspirer tous les jours. Car le festival possède cette dimension « humaine » indescriptible qui va bien au-delà du dynamisme qu’elle influe dans le
centre-ville rennais. Et à ce titre, l’aide d’étudiants de Sciences Po Rennes et de la Fac de Musicologie sur ce blog illustre une nouvelle fois cette culture du terrain, de la transmission du
savoir et de l’explosion des codes.
Merci à ces bénévoles. Merci à vous.
par Samuel Degasne
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Edito
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Le groupe de la scène underground a fait surface. Le retour de David Yow (ex-chanteur des « Jesus Lizard ») a été la hauteur des
espérances !
Les musiciens se sont démenés pour
satisfaire un public attentif et émerveillé. David entretient toujours une relation proche avec ses admirateurs. Il les fait crier dans son micro ou les embrasse chaleureusement. Sa voix
angoissée s’accorde à l’irremplaçable disto de Matt Cronk (guitariste) tandis que Paul Christensen martèle sévèrement sa batterie.
> En fin de concert nous parvenons à chaud à poser une question à ce Dieu du rock qu’est David Yow :
Tu refais surface après une dizaine d'année d'absence, qu'est-ce qui a changé ?
Avant, les scènes étaient plus grandes et noires de monde. Il y avait un déroulement naturel des choses : on créait un groupe, on enregistrait et
on faisait des concerts. C'était plus palpitant et ça nous rapportait plus d'argent. (Rires) Maintenant, tout est plus intime... Mais ça garde son charme, hein.
Quoi qu’il en soit, cette soirée restera dans la mémoire de ceux qui ont assisté à cette prestation scénique unique en son genre.
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par Alexandre Berthaud et Charlotte Rocher
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Comptes-rendus de concerts
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Bastet est dans la place... Le chanteur breton, en nage, scande : « Ca s’appelle les bars en
transpiration ! ».
Le leader du groupe a bien
raison. Prenez un bar rempli, une heure d’attente et vous obtiendrez des corps suintants. C'est le prix à payer pour ce voyage musical en terre anglophone. Entre Supertramp et les mythiques
Queen, Bastet nous transporte dans un univers sonore so british : « delightful ! ».
Le quatuor quimpérois prend un chemin original. Il met le paquet sur les claviers sans perdre l'intensité de leur rock planant et onirique. On se souvient alors des performances magiques de
Freddie Mercury au piano, le parallèle est tracé. Leur credo est bien celui d’une pop limpide, enivrante et rythmée. Le clavier aux sonorités electro et leur audacieux duo de voix innovent
en parant la mélodie pop d’une robe moderne.
Marchent-ils sur les traces du duo français Air ? Groupe qui osa la traversée de la Manche pour aller chercher ses influences british. Une chose est sûre avec Bastet, la qualité de la pop en
Bretagne n’a rien à envier à sa grande sœur d’outre-Manche !
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Oh Yeah Oh Yeah !
Un bassiste aux boucles peroxydées, un clavier aux look de D'Artagnan, un guitariste aux bretelles fluos, un
autre à la toque de fourrure et un batteur avec une chemise aux motifs triangles blanc-noir-beige... Welcome to Oh no Ono world !
Pour cause de problèmes techniques, le groupe se fait désirer. Le démarrage en fanfare rattrape ce retard, grâce à ces 5 danois qui débordent d'énergie ! Direct dans
les oreilles, ils nous envoient "The Shock Of The Real", leur titre phare, issu de leur premier album "Yes", sortit en 2006. Immédiatement, la salle s'enflamme... Leurs voix à la BeeGees, portées
par une pop-rock survitaminée teintée de sons eighties, ferait danser un menhir.
Leur musique, parlons-en. Des claviers entre bande-son de Super-Nintendo et mélodies des années 80 et parfois quelques ressemblances avec « Guten Tag » de Wir sind Helden. Les voix sont
surréalistes et les riffs de guitares ravageurs. Le tout est soutenu par un batteur survolté, aussi doué que brutal avec ses baguettes.
Ici, même si les vikings des temps modernes sont imberbes et ont des voix suraiguës, il y a de fortes chances qu'ils conquièrent l'Europe !
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En musique, les familles recomposées sont parfois des projets complexes. Pour Ana et Robin cela semble
simple.
L’union
sacrée entre le bassiste de Louise Attaque et la chanteuse du groupe Tétard, à la mèche bien disciplinée, a fait naître de douces paroles sur un rythme folk entraînant. Un harmonica aurait été le
bienvenu mais c’est une basse et une gratte électro-acoustique qui ont vu le jour et poussé leur premier cri.
C’est un souffle chaud qui nous caresse les tympans et non une folle cavalcade à dos de cheval. Poney express aura réussi à nous faire voyager vers le Far West avec une immanquable reprise de
Johnny Cash.
Et, clin d’œil à la Bretagne, un morceau est dédié malicieusement à Saint Malo. Pourquoi ? « En fait, nous sommes parisiens, mais dans nos fantasmes, nous ommes bretons… » conclura le
duo.
Ce soir, Pony Express peut se rassurer. La formation est définitivement adoptée.
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Chansons générationnelles
Zoé Avril fait de la musique simple, touchante, parsemée de textes réalistes et teintés d’humour. Elle est accompagnée de deux
guitares et une batterie. Rien de très original, me direz-vous, par rapport à la scène déjà bien remplie de la « nouvelle chanson française ».
Oui, et alors ? Si Zoé Avril ne révolutionne pas le paysage musical français, elle sait nous toucher avec ses textes justes, émouvants ou drôles, à la manière d’une Jeanne Cherhal. Dans
ses balades, tout y passe : les voisins de Tgv qui parlent trop fort au téléphone, cette photo d’une ex
retrouvée dans les tiroirs de son mec. les couples de petits vieux qui doublent au supermarché ou encore les
dragueurs un peu lourds. Zoé chante ces petites misères que l’on connaît tous, avec un grand sens du réalisme et du détail.
Pour autant, ces chansons-poèmes ne parlent pas qu’aux filles et narrent les problèmes de toute une génération : « Je suis jeune et diplômée, disponible sans plus tarder et sais même
faire le café ». Tous, dans le public, semblent d’ailleurs conquis et reprennent le refrain du dernier titre, « On va pas changer les gens ». Des paroles assimilées avec une
incroyables facilités sous les attaques charmeuse de l'artiste. Un tube en puissance ?
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Mettre le feu, sans s'attaquer automatiquement au dancefloor.
L'électro prend ici toute sa signification avec ce merveilleux mélange de break beat et de sons 8 bits à la
fois nerveux, joyeux et nostalgique. Le coté déluré en moins, Noone possède beaucoup de similitudes avec Gangpol (le plus souvent en duo avec Mit), une de mes référence bordelaise en
micromusic.
Mais plus que cette couleur, j'ai été agréablement surpris par la complexité de ce que nous a livré Noone. Cette approche mélodique que n'ont plus la majorité des artistes électro, et qui laisse
supposer de longues sessions d'écriture.
Avec un tel tapis sonore, vous n'avez plus qu'à fermer les yeux. Et vous laisser porter par cet électronica un peu kitch, en guise de jouissive madeleine de Proust...
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« Pour être spontané en live, il faut savoir oublier que l’on a travaillé. »
2007 semble être l’année de l’éclosion pour votre groupe né en 2001. Comment expliquez vous ces 6 ans de
maturation?
Il faut être franc, Stéphane et moi sommes fautifs. On a voulu trop travailler. Pour nous, cela a été un long processus. Nous avons seulement sorti notre premier album en 2005. Depuis nous avons
subi une mutation. Robin nous a rejoint, ainsi qu’un autre membre. Notre style, tout en gardant la même sève, s’est recentré sur le rock anglo-saxon. Aujourd’hui, nous voyageons grâce à notre
musique.
Mais sous quelle forme cette mutation se manifestera au public ?
Nous allons sortir au printemps notre second album. On peut dire qu’il nous reste 20% du travail à accomplir. La date de ce soir fait donc partie d’une série de concerts ponctuels. Là encore,
nous avons beaucoup travaillé nos morceaux. Un album, c’est comme un livre. Pour qu’il soit profond, qu’il ait du sens, il faut parfois enregistrer jusqu’à 7 fois chaque titre. Nous avons aussi
envie de nous investir énormément dans les lives.
Cette rigueur que vous semblez avoir en studio, se retrouve t-elle sur scène ?
Nous sommes très exigeants, mais nous restons spontanés. On aimerait bien être calés comme les grands groupes anglais, mais ça n’est pas possible. Nous, on veut s’amuser avec le public, réagir
avec. Se sublimer, c’est notre objectif. J’adore surprendre mes musiciens en lançant des séquences d’improvisation, comme peut le faire Macéo Parker avec son groupe. Les voir attentifs, prêt à
réagir, c’est ça un live...
Au final, vous êtes un mix entre un style musical anglo-saxon et une scénique latine ?
J’aime notre côté latin. Jouer en Espagne est un objectif pour nous. Je trouve qu’il n’y a pas beaucoup de groupes dans ce pays à proposer le style que nous jouons. Quand j’étais jeune, je
n’aimais pas le rock. Je trouvais cela bruyant. J’étais bercé par les harmonies hispaniques, les guitaristes vénézueliens. Mais grâces aux rencontres de ces dernières années, nos concerts ont
désormais intégré un côté plus punk.
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Interview de Patricia Téglia, attachée de presse au Bars en Trans.
Pour toi, les Bars en Trans c'est une longue histoire ?
Je connaissais Martin (le directeur), Philipe et Bruno (les programmateurs) depuis longtemps. Quand ils m'ont demandé si je n'avais pas quelqu'un à leur proposer pour faire la
promo, j'ai sauté sur l'occasion. Par passion pour l'événement et par envie de travailler avec eux, je ne pouvais pas manquer cette opportunité. Ça fait 4 ans que ça dure !
En quoi consiste ton travail ?
En amont, je dois communiquer le plus possible vers l'extérieur, obtenir un maximum de couverture médiatique et faire en sorte de donner envie aux journalistes et professionnels de venir. Pendant
le festival, on doit gérer le planning des interviews, préparer les accréditations, orienter les médias, etc. En parallèle, j'ai d'autres projets avec Aoura, ma boîte de relations presse. Je
travaille notamment avec d’autres festivals ou pour des artistes comme Ours, Mr Roux, Emir Kusturica ou Luke.
As-tu des anecdotes qui t'ont marqué au cours de ces 4 années ?
L'année dernière, ça a été la folie pour le concert de Yelle : il y avait tellement de monde que l’artiste et l'équipe de France 3 qui la suivait ont dû rentrer par la fenêtre du bar !
Des étudiants ont participé à la webcover et à la rédaction du programme. Pourquoi faire confiance à de parfaits débutants
?
Pourquoi ne pas rester dans l'esprit du festival et donner une chance à ces jeunes ? Le pari a été gagné. Ils ont été incroyablement réactifs : on leur a laissé un délai très court et ils l'ont
tenu. Merci.
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